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Le lundi 31 janvier 1898 à 13h15 de l'après-midi, le village de Randogne, cœur historique de la commune du même nom, était rayé de la carte. A l'époque le poumon économique actuel de la commune, la station de Crans-Montana, n'était qu'une zone de mayens épars au milieu desquels s'étaient timidement implantés deux à trois hôtels perdus entre forêts et étangs, face à la majesté des Alpes, là où le regard s'extasie entre la puissance du Mont-Blanc français et le mystère du Monte Léone italien. Aux alentours du village, tout n'était que campagne et terrasses. Blusch ne rassemblait que deux ou trois maisons et près de Sierre, Loc et Darnona, accueillaient les Randognards lors des périodes de transhumance pour les travaux de la vigne.

Un siècle plus tard, les conséquences de cette catastrophe, si elles ne sont bien sûr plus le rougeoiement sous la cendre, sont encore visibles pour qui veut jeter un regard sur ce village discret de la Noble Contrée. Même si cela peut apparaître quelque peu tardif, la commémoration du centenaire se veut un rappel des souffrances endurées par une population qui, bénéficiant d'une généreuse solidarité cantonale et confédérale, dut durement relever le gant. Avec la foi de Jean sur la montagne pour rebâtir " plus beau qu'avant ", les habitantes et les habitants de ce village sont repartis de zéro pour nous léguer un héritage qui mérite gratitude et reconnaissance.

II a fallu une certaine obstination et pas mal de temps pour dénicher à gauche et à droite les éléments historiques permettant de retracer l'histoire du drame. Après avoir établi les faits, il m'a semblé important d'étendre le regard sur les années consécutives à l'incendie, riches années puisqu'elles coïncident avec le départ de notre station de Crans-Montana. C'est ainsi un regard vu de l'est; vu d'une Contrée qui a plutôt axé son implication dans le développement du Haut-Plateau sous le régime d'une certaine discrétion. II faut y voir certainement une des conséquences du choc psychologique provoqué par l'incendie. L'histoire et les avoirs de 350 habitants furent anéantis et cela rendit la population quelque peu craintive et circonspecte.

Mais qu'on ne s'y trompe pas.
Les Randognards surent négocier ce siècle d'histoire en saisissant avec justesse toutes les opportunités, dont celle qui consista à intégrer nombre de forces neuves et dynamiques venues d'ailleurs. Des sanatorias aux remontées mécaniques, de la maison bourgeoisiale du Comoun dè Loc au bâtiment administratif de la Poste du Haut-Plateau, la population et ses autorités politiques ont su transformer une commune effondrée par le sort en une collectivité en bonne santé, prête à relever les défis du deuxième siècle après l'incendie.

Pour mener à chef cette plongée dans l'histoire, j'ai pu compter sur l'appui précieux de plusieurs personnalités que j'aimerais citer pour leur témoigner ma gratitude.
Stéphanie Jilg, bibliothécaire, pour les recherches à Sion et à Berne, France Massy, pour les recherches au Centre valaisan du film, Jean-Louis Saillen, pour les archives de la commune, Gilbert Crettol et Gilbert Strobino pour le texte sur la typologie du village.
5 aînés m'ont apporté des compléments d'information en répondant à mes questions: Edouard Clivaz, Mariette Vocal, Marius Clivaz, Alfred Clivaz et Pierre Berclaz. De plus, nombre de personnes ont apporté leur contribution à la documentation photographique: Raphy Clivaz, Gilbert Clivaz, Charly G. Arbellay, Paul-Albert Clivaz, Lucien Berclaz, John Mounir Photos Deprez et Photos Dubost, Yann Richtarch.

Merci et bonne lecture.

Patrice Clivaz, juin 1998
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